Présentation

A l'opposé de l’opéra à l’italienne ou à la française, l’art lyrique anglais à l'époque de Purcell, imprégné de l’ancienne tradition du «Masque », mélangeait volontiers les genres sans hiérarchie : poésie, musique, danse, interludes instrumentaux à grand renforts de décors. Le Masque est une forme théâtrale dans laquelle, sur un thème légendaire, se dit se chante ou se danse une action métaphysique, souvent en l’honneur du Roi ou d’un courtisan célèbre. King Arthur y trouve sa place en s’intercalant entre la simple pièce de théâtre et le réel opéra. Dryden la décrit comme « a dramatic opera », c’est-à-dire « un drame mêlé de chant ». L’Angleterre ne put jamais s’empêcher de déclamer : Shakespeare n’était pas né Anglais pour rien... Les Britanniques n’appréciaient guère le chant continu et bataillaient ferme « contre ces opéras qui sont entièrement chantés ». Roger North, un musicologue contemporain de Purcell, inventa même le terme « semi-opéra » pour désigner un texte parlé où des occasions sont ménagées à la musique et à la danse.

Le texte du King Arthur n’est nullement un « livret » servant de prétexte à la musique d’un compositeur. Rédigé en 1684, John Dryden le garda en réserve durant six années. En 1690, le compositeur Henry Purcell ayant obtenu un succès enviable avec sa première grande œuvre destinée à une scène publique londonienne (Dioclesian), mission lui fut confiée d’habiller d’une musique la plus admirable possible le texte de Dryden.

C’est ainsi que naquit King Arthur, semi-opéra créé à Londres en 1691 avec le succès que l’on sait.

Purcell mêle théâtre, chant et danse pour conter un mythe fondateur de l'Angleterre, la victoire des Bretons contre les Saxons. King Arthur relate la lutte sans merci entre le Breton Arthur et le Saxon Oswald pour le trône d'Angleterre et pour l'amour de la belle Emmeline, fille aveugle du duc de Cornouailles. L’action se déroule un jour de Saint-Georges au Moyen-Age dans le Kent, au sud-est de l’Angleterre. Les héros et leurs armées errent dans des marécages brumeux ou des forêts enchantées, combattent les artifices du camp adverse avec leurs propres sortilèges. Aux épisodes fantastiques ou guerriers succèdent des scènes plus douces ou burlesques avec entre autres un hymne à l'amour, une chanson à boire ou encore un hommage vibrant au charme de la vie britannique.

L’œuvre se développe en 7 tableaux répartis sur 5 actes.

Aux douze personnages principaux s’ajoutent une trentaine de rôles chantés dévolus aux solistes et au chœur : comparses, sous-fifres, sans-grade, soldats, prêtres, bergers et paysans de passage, auxquels il faut ajouter des Sirènes, des Nymphes, des Esprits bons ou malveillants, un Génie, des dieux de tout poil, un couple d’Humains (Elle et Lui) et, last but not least, l’allégorie de l’Honneur accompagné de ses Héros.


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